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En Polynésie française, la protection des baleines à bosse prend un nouvel élan grâce à l’intégration de solutions technologiques avancées. Face à la montée des risques liés au trafic maritime, l’association OCEANIA s’appuie désormais sur l’intelligence artificielle pour contribuer à la préservation de ces mammifères marins emblématiques. Entre migrations saisonnières, défis de conservation et réponses innovantes, la région devient un terrain d’expérimentation unique pour la défense des cétacés.
Le contexte migratoire des baleines à bosse en Polynésie
Chaque année, les baleines à bosse quittent les eaux froides de l’Antarctique pour parcourir plusieurs milliers de kilomètres jusqu’aux lagons chauds de la Polynésie française. Cette migration essentielle à leur cycle de reproduction entraîne une forte concentration de ces animaux entre juillet et novembre autour de Tahiti et Moorea.
L’arrivée des baleines à cette période valorise l’écotourisme local et offre aux scientifiques des opportunités uniques pour l’étude de leur comportement. Cependant, cette densité dans des zones côtières fréquentées par les bateaux accentue le risque de collisions avec navires, qui constituent aujourd’hui l’une des principales menaces pesant sur les populations présentes dans la région polynésienne.
Le programme Ocean IA : technologie et engagement associatif
Depuis 2017, l’association OCEANIA se mobilise activement pour protéger les baleines et les dauphins de la Polynésie. Le projet Ocean IA s’inscrit dans cette dynamique en combinant recherche scientifique, collecte de données de terrain et exploitation d’outils numériques afin d’optimiser la gestion et la préservation des espèces.
Ce dispositif innovant a été présenté à Emmanuel Valls, ministre des Outre-mer, comme une réponse concrète aux enjeux croissants rencontrés sur place. Ocean IA associe l’intelligence artificielle au suivi des cétacés via différentes méthodes telles que la photo-identification automatisée, l’analyse acoustique et la surveillance par algorithmes prédictifs.
Les outils numériques mis en œuvre
L’intelligence artificielle permet de trier et d’identifier automatiquement les photographies prises lors d’observations en mer. Ce traitement réduit considérablement le temps consacré à la reconnaissance des individus tout en améliorant la précision du suivi longitudinal. L’IA est également programmée pour détecter des signatures sonores spécifiques aux baleines, facilitant ainsi la localisation des groupes actifs ou reproducteurs.
La collaboration avec des institutions locales et internationales aide à affiner les modèles en croisant différents types de données génétiques, visuelles et sonores. Ces efforts soutiennent non seulement la connaissance scientifique, mais rendent possible la mise en place de mesures de prévention adaptées au contexte polynésien.
Recensement et sensibilisation auprès du public
OCEANIA multiplie les campagnes d’information pour sensibiliser les citoyens polynésiens et le grand public aux bonnes pratiques. Les bénévoles recensent méthodiquement les baleines via la photo-identification et les enregistrements acoustiques, tout en générant une base de données enrichie par les apports citoyens issus de la science participative.
Parallèlement, l’obtention d’un financement public important, notamment par le fonds vert, favorise la poursuite et l’amplification de ces initiatives. À travers le recensement, la collecte des trajectoires migratoires et la communication auprès des usagers de la mer, le programme contribue à renforcer la sécurité aussi bien des baleines que des usagers polynésiens.
Les dangers liés au trafic maritime et réponses institutionnelles
Ces dernières années, la multiplication des accidents impliquant des baleines à bosse a ravivé l’inquiétude en Polynésie. Le cas de Sweet Girl, une baleine juvénile percutée violemment par un navire rapide, a porté la problématique jusque dans les sphères politiques et médiatiques.
La période estivale correspond à la fois à la haute saison des activités nautiques et à la présence maximale de cétacés proches des côtes. Le nombre croissant de bateaux à grande vitesse dans les lagons augmente inéluctablement la probabilité de collisions dommageables, parfois mortelles pour de jeunes baleines encore inexpérimentées face à la navigation humaine.
Initiatives visant à limiter la vitesse des bateaux
Dans ce contexte, OCEANIA poursuit sa stratégie en s’appuyant sur les données recueillies pour influencer la réglementation. Une pétition récente vise ainsi à instaurer une limitation de la vitesse à 12 nœuds maximum pour tous les grands navires, dans un rayon de 2 kilomètres autour de Tahiti et Moorea pendant la saison de migration.
L’enjeu consiste à concilier développement économique, mobilité maritime et impératifs de protection animale. Aucune mesure technique obligatoire d’anticroisement n’est actuellement imposée aux navires, mais l’évolution des connaissances issues de l’intelligence artificielle transforme progressivement la donne réglementaire et opérationnelle.
Exemple de mesures envisagées ou mises en place
- Limitation temporaire des vitesses dans certaines zones sensibles
- Systèmes d’alerte embarqués pour détecter la proximité des cétacés
- Cartographie affinée des zones fréquentées par les baleines
- Réalisation de suivis en temps réel grâce aux bases de données IA
- Actions de médiation pour informer les opérateurs maritimes
Chacune de ces mesures dépend étroitement d’une rétroaction efficace entre les résultats fournis par la technologie et les usages locaux du territoire marin.
Bilan chiffré et perspectives pour la Polynésie
Le soutien financier, avec une enveloppe de 54 millions CFP obtenue récemment, garantit la poursuite du programme Ocean IA sur plusieurs années. L’union entre analyses informatisées et observation directe devrait accélérer l’identification de risques émergents et permettre une amélioration continue des protocoles.
Pour suivre ces évolutions, un tableau comparatif met en lumière certains résultats et actions clés du projet Ocean IA :
Action / Résultat | Détails |
---|---|
Nombre de baleines identifiées (2024) | Plusieurs centaines recensées grâce à la photo-identification automatisée |
Financement public reçu | 54 millions CFP attribués via le fonds vert |
Période de surveillance accrue | Juillet à novembre (saison de migration et de reproduction) |
Propositions réglementaires | Limitation à 12 nœuds pour les navires responsables à proximité des côtes |
Méthodes employées | IA appliquée à la photo, l’acoustique et la cartographie marine |
Face à la croissance continue des échanges maritimes, la Polynésie française explore de nouvelles synergies entre technologie, engagement citoyen et volonté politique dans l’objectif de préserver durablement ses écosystèmes marins.
AUTRES Sources
- https://www.actuia.com/actualite/ocean-ia-lintelligence-artificielle-au-service-de-la-protection-des-baleines-en-polynesie/
- https://la1ere.franceinfo.fr/polynesie/tahiti/polynesie-francaise/l-association-oceania-recense-les-baleines-pour-mieux-les-proteger-1531033.html
- https://www.30millionsdamis.fr/actualites/article/25415-en-polynesie-les-baleines-a-bosse-victimes-des-bateaux-a-grande-vitesse/
- https://www.radio1.pf/saison-des-baleines-lassociation-oceania-veut-limiter-la-vitesse-des-bateaux/